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Roman, deux mois après le lancement : des étoiles en forme de beignets et une mission qui a doublé sa durée de vie

Lancé le 30 août 2026, le télescope Roman a allumé sa caméra de 300 mégapixels, capté ses premières étoiles et économisé assez de carburant pour doubler sa durée de vie. Le point d'étape avant l'arrivée à L2.

Par Gabriel Dumont4 min de lecture
Le télescope spatial Nancy-Grace-Roman déployé dans l'espace, panneaux solaires ouverts, sur fond étoilé (vue d'artiste).
Le télescope spatial Nancy-Grace-Roman déployé dans l'espace, panneaux solaires ouverts, sur fond étoilé (vue d'artiste). Crédit : NASA/GSFC

Le 30 août 2026 à 7 h 26, heure de Floride, une Falcon Heavy quittait le pas de tir 39A du Kennedy Space Center avec, sous sa coiffe, le télescope spatial Nancy-Grace-Roman. Trente et une minutes plus tard, l’observatoire volait seul. Deux mois après, il n’a pas encore atteint son orbite de travail, et il n’a produit aucune image scientifique. Pourtant, ces deux mois ont déjà changé la mission : sa caméra a vu ses premières étoiles, et elle disposera de deux fois plus de temps que prévu pour travailler.

Un lancement si précis qu’il a changé le calendrier

Un télescope lancé vers le point de Lagrange L2, à 1,5 million de kilomètres de la Terre, n’y arrive jamais tout seul. Le lanceur le place sur une trajectoire de transfert, puis le vaisseau corrige lui-même, à plusieurs reprises, avec son propre carburant. Chaque kilogramme d’ergols dépensé en route est un kilogramme en moins pour le maintien à poste pendant les années d’observation.

La première correction de trajectoire a eu lieu le 31 août, un jour après le lancement : une combustion d’environ trois minutes et demie. Elle s’est révélée si proche de la cible que la NASA a annoncé, le 14 septembre, que les économies réalisées devraient plus que doubler la durée de vie opérationnelle potentielle de la mission. L’agence attribue ce résultat à la précision du lancement de SpaceX et au travail de son équipe de dynamique orbitale. La mission primaire reste de cinq ans ; c’est la marge au-delà qui vient de s’élargir.

L’insertion sur l’orbite de halo autour de L2 est prévue environ cent jours après le lancement, soit au début du mois de décembre. Ensuite, une manœuvre de maintien à poste sera nécessaire à peu près tous les 28 jours.

La NASA présente son nouveau télescope qui va révolutionner l’astronomie — Hugo Lisoir · Ouvrir sur YouTube

Les premiers jours : déploiements et allumages

Dans la semaine qui a suivi le lancement, l’observatoire a déployé ses panneaux solaires, son antenne à grand gain et le capot qui protégeait l’entrée du télescope. Le 1er septembre, le coronographe a été mis sous tension. Cet instrument, conçu pour masquer la lumière d’une étoile afin de distinguer les planètes qui l’orbitent, a d’abord été réchauffé à 22 °C ; ses masques de pupille, de la taille d’une pièce de monnaie, ont été vérifiés, et une décontamination de trente jours a commencé.

Le réveil de la caméra de 300 mégapixels

L’instrument principal, le Wide Field Instrument, a suivi un protocole plus lent. Un capteur infrarouge craint par-dessus tout la contamination : les molécules d’eau et les résidus emportés depuis le sol se déposent sur les surfaces froides et dégradent la sensibilité. L’équipe a donc maintenu l’instrument à –65 °C pendant dix jours pour le sécher, avant de couper le chauffage le 11 septembre au matin et de laisser la température descendre vers –143 °C, puis vers les –183 °C de fonctionnement.

Le soir même, le système d’étalonnage interne a été allumé. Le samedi suivant, la roue qui porte filtres, prisme et grism a tourné pour la première fois en apesanteur ; le dimanche matin, le mécanisme de mise au point a été actionné. Puis l’instrument a regardé le ciel.

L’image publiée le 15 septembre ne ressemble pas à une photo d’astronomie. Les étoiles y apparaissent comme des anneaux flous, des beignets de lumière étalés sur des dizaines de pixels. C’est voulu : les détecteurs étaient encore dans leur position de lancement, volontairement hors foyer. Une étoile défocalisée dessine la forme de la pupille du télescope, et c’est précisément cette forme que les ingénieurs utilisent pour mesurer, puis corriger, l’alignement des miroirs. Cette image de « premier photon » servira de référence pour toute la phase de mise au point.

Les 18 détecteurs HgCdTe du WFI totalisent une surface sensible comparable à l’écran d’un ordinateur portable. Une fois au foyer, ils couvriront un champ de 0,28 degré carré, deux cents fois celui de la caméra infrarouge de Hubble, à résolution égale. Nous avions détaillé cette architecture dans notre présentation du télescope avant le lancement.

Et maintenant ?

Le 25 septembre, la NASA a confirmé que les stations sol recevaient correctement les données de l’observatoire, un point qui n’a rien d’anodin pour une mission appelée à transmettre près de 1,4 téraoctet par jour. Les prochaines étapes sont l’activation du système de guidage fin, puis la mise au point proprement dite, qui ne peut être finalisée qu’une fois la température de l’optique stabilisée, autour de L2.

Les premières images scientifiques sont attendues pour le début de 2027. C’est à ce moment-là que commenceront les grands programmes de relevé : la cartographie des oscillations acoustiques des baryons pour contraindre l’énergie sombre, la mesure de milliers de céphéides d’un seul coup pour tenter de résoudre la tension de Hubble, et la surveillance du bulbe galactique à la recherche de planètes détectées par microlentille.

Deux mois après le lancement, le bilan tient en une phrase : tout ce qui devait s’allumer s’est allumé, dans l’ordre prévu, et la mission a gagné des années avant même d’avoir commencé.

Publié le 31 octobre 2026Signaler une erreur

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